Trikala - Le 28/07/2014

The death valley, ou les mauvais côté du stop :

 

7 heures du matin (enfin 9h30), je vagabonde tranquillement sur le bord de la route en plein milieu de la Thessalie. J’ai beaucoup marché ces derniers jours. Hier avec le néo-zélandais dans les temples des météores, et plus tôt dans la semaine pour rejoindre le temple de Delphes. Du coup, j’espère que le stop marchera mieux ici !

 

Les temples des météores - Kalambaka

Les temples des météores – Kalambaka

Le temple de Delphes

Le temple de Delphes

 

Derrière moi, Trikala.

Devant moi, la route trace une ligne droite au milieu de la plaine et s’évapore dans l’horizon. Je trouve un segment avec de la place sur le côté, affale mon fardeau et tends le pouce, plein d’espoir.

la vallée de Delphes - Des oliviers, et personnes pour prendre un autostoppeur

la vallée de Delphes – Plein d’oliviers, mais pas grand monde pour prendre un auto-stoppeur.

 

Quelques voitures passent de temps en temps, me gratifiant d’un léger courant d’air frais, mais personne ne fait mine de s’arrêter. La plupart esquivent mon regard, ou passent trop vite pour que j’ai le temps de les apercevoir. Il me reste une dizaine de jours pour atteindre la Russie, à 2000 km d’ici, mais vu la fréquentation et le genre de personnes qui passent, je sens que l’attente va être longue !
11h, toujours rien.

 

Enfin si, un tracteur est passé il y a quelques minutes, avec à son bord un de ces vieux fermier dont on se demande comment il parvient encore à conduire. Il semblai vouloir expliquer quelque chose, mais en Grec, et sans dents, ce n’était pas très compréhensible.

 

Mais voilà enfin une voiture qui s’arrête !

Je saute de joie, et j’oublie la fatigue instantanément.

 

Elle est dans la moyenne de celle que j’ai vu passer toute la matinée : rouge, vieille et assez cabossée. Vous savez ce qu’on raconte sur la ressemblance entre un chien et son maitre ? Ca marche aussi pour les voitures : le conducteur est vieux, rouge et cabossé.

 

Il ne parle que Grec, mais ça ne l’empêche pas de raconter plein de trucs. Ma mine déconfite ne semble pas le gêner du tout. De temps en temps il me fixe avec son sourire édenté, et se met à rire en me tapant dans le dos. Sacré bonhomme !

 

Je crois que j’ai atteint la limite de mes moyens de communication : J’ai beau lui faire des signes, gesticuler pour expliquer où je vais, d’où je viens, savoir où il va, le semblant de discussion fini invariablement par un long silence d’incompréhension. On passera les prochaines 20 minutes en silence…
Je m’attache à étudier le paysage tout plat : J’ai le temps de dénombrer pas moins de 57 oliviers, quand tout à coup, la voiture fait un écart et sort de la route. Voilà le vieux rouge et cabossé qui me fait mine de sortir, en plein milieu de la nationale !
Rien aux alentours, pas un bled ou un panneau pour m’indiquer où je suis. Je m’extirpe de la voiture qui disparait aussitôt par un chemin de terre, à travers les champs.

 

Mince !  D’habitude je demande à ce qu’on m’arrête à un carrefour, une station service ou une entrée d’autoroute, pas au milieu de nul part sur une route déserte ! J’aurai dû apprendre quelques mot utiles en grec.

 

J’examine les alentours : Des cultures de je ne sais quoi à perte de vue, et quelques champs d’oliviers. Poser le hamac entre les arbres, et dormir sous les étoiles, finalement ce n’est peut-être pas si mal.

 

En attendant, je tente la méthode mexicaine : la sieste à l’ombre. Effet instantané.

 

Je ne sais pas combien de temps passe. Je rêve d’un flot continu de voitures. Encore mieux, un bus entier, pour moi tout seul, avec lit king size, clim, piscine et buffet à volonté. Les gens se disputerai pour que je monte.

Un bus ! je l’imagine parfaitement maintenant : Il apparaitrai dans le lointain, brillant de milles feux, et s’arrêterai à ma hauteur. On déroulerai un tapis moelleux, et je flotterai à l’intérieur. Un bus en apesanteur, à température idéale.

 

 

Je profite encore quelque minutes de ce rêve, puis j’ouvre lentement les yeux.

Une tâche noire obscurci mon champs de vision. Je me frotte les yeux, mais la tâche persiste. Je me concentre sur l’horizon, et j’entrevoit une forme :

 

Un bus ! un bus arrive ! Il faut que je l’attrape !

 

Peut-importe où il va, si il est soumis à la pesanteur ou non, je me redresse d’un bon et fait de grand gestes pour être sûr d’être vu. Il s’arrête, je monte à bord et nous filons vers Larissa (La ville épicée).

 

 

Du vagabondage au yatch de luxe :
A peine arrivé à Larissa, où il fait effectivement chaud, je reçoit un mail d’un capitaine.
Il cherche de l’aide pour naviguer jusqu’à Rhodes, et faire ensuite le chemin jusqu’aux Philippines. Il a un yatch de 30m, classe américaine, propose de payer tous les frais, et possède un compresseur à bord pour gonfler les bouteilles de plongée !

 

Autant dire que c’est exactement ce que je cherchai : naviguer et plonger direction les Philippines ! Le « tous frais payé » constituant un bonus non négligeable.

 

Le contraste avec les aventures du jour est tel, que je réponds oui immédiatement. Le temps de sauter dans un train, et je suis de retour à Athènes.

Ce soir, je dors sur un bateau de luxe.

 

J’arrive à bord, tout content, bien loin d’imaginer ce qu’il allait se passer ensuite.

 

La fiancé du capitaine me fait visiter le bateau : un salon, plusieurs chambres, la climatisation, trois frigos, un lave vaisselle, du mobilier en bois rare, une cuisine plus grande que mon appartement (mais trop petite selon la patronne). Bref, une surenchère de gadgets. Je ne suis pas habitué à voir tant de choses sur un bateau.

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Le capitaine me fait visiter le reste : son bureau, la cabine de pilotage dernier cri. Il parle avec fierté de tous ses gadgets technologiques.

 

Il me raconte son histoire. Enfin, si ce qu’il raconte est vrai :

 

Ancien de la DGSE, il travaille maintenant à son compte, et organise des missions de « sauvetage à haut risque » de personnes « importantes ». Par exemple son prochain boulot doit consister à faire évader les filles d’un prince Arabe, enfermée dans une villa au coeur d’un palais…La villa se trouverai sur la plage, il pense donc employer des nageurs de combat pour l’atteindre, découper les grilles et faire sortir les filles. Tout un programme.

 

Son autre fierté : avoir été attaqué par des somaliens dans le golfe d’Aden. Il aurai tiré à deux reprise sur le canot, qui aurai pris feu « par chance ». Il a des armes à bord, pour passer le golfe, scellées dans un placard par la douane grecque, et une dizaine de plaques de blindage, au cas où. Ce bateau est de plus en plus bizarre, et ce mec se prend vraiment trop pour un agent secret.

 

Je file m’installer dans une des cabines, qui ressemble plus à une chambre d’hôtel sur l’eau, puis le capitaine m’explique le programme : aujourd’hui son ex-femme doit arriver avec ses deux enfants pour qu’il les emmènent découvrir les iles grecques.

 

Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est que son ex-femme allait s’incruster de force sur le bateau, que  sa fiancée allait partir après plusieurs engueulades, et que cela plongerait tout ce beau monde dans une ambiance électrique…

 

Pour moi c’en est trop. Je n’arrive pas à me faire à ce luxe, à cette ambiance et à cet état d’esprit. Après un jour à glandouiller à bord, je refait mon sac et je file.

 

Tant pis pour le voyage et les plongées ! Istanbul m’attend maintenant !

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