Chania - Le 09/07/2014

Quelques intants kriti-ques autour de Chania, en Crète (Kriti).
Retrouver, après 4 jours en mer, un sol fixe, une douche, un repas sans poisson, des bières fraiches, la ville, la nature et la foule.

 

La langue, l’écriture, la musique et les visages ont changés : On est accueillis à l’Ouzo, à la cithare, avec des grands sourires. Les façades colorent la journée, on danse dans la rue dès que le soleil disparait. Enfin un peu d’ambiance !

 

On explore l’intérieur de l’ile.

 

Le capitaine ajoute la plus souriante des chiliennes à l’équipage le temps d’un repas. Je trouve les beaux yeux d’une belge et la plus belle des américaines, le temps d’un apéro.

 

On fait le plein de bonnes choses.

 

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Prémices d’un jour sans fin. instants kriti-ques

 

Marc, catalan, 29 ans, nous rejoint à bord pour quelques semaines. Maestro du cocktail, il assure l’apéro du dernier soir en Crète, puis on file dire au revoir à la faune locale jusqu’à tard dans la nuit.

 

Les premières lueurs du jour nous tirent tant bien que mal d’un sommeil difficilement acquis. L’autoradio volume max du capitaine achève rapidement le travail. A 5h30, on hisse les voiles sur une mer déchainée, direction Rhodes.

 

Le meltemi, vent qui traverse la Grèce du nord au sud, est sorti de sa torpeur hivernale et nous souffle sa joie de vivre tonitruante par paquets de 40 noeuds. Il prend son élan à la surface lisse de la mer noire, passe en vibrant sous les ponts d’Istanbul, accélère et se décuple en zigzaguant entre les iles, s’unifie à sa force maximale avant de frapper, dans un hurlement, les voilures de la crevette. Le soleil de plomb à décidé lui aussi de nous faire mériter le Colosse.

 

 

J’ai la gueule de bois, la bouche sèche, le crâne qui explose. Le contenu de mon estomac, déjà frêlement arrimé, est de plus en plus difficile à conserver. Les vagues forment un magma chaotiques : tantôt un creux immense pour nous avaler, tantôt une muraille pour nous retenir. Deux poings d’eau salée s’écrasent régulièrement sur le dessus de la carlingue, et tressaillent dans un torrent d’écume jusqu’au poste de pilotage.

 

10 heures plus tard. Le capitaine tient toujours la charge. Sa femme, hollandaise de 60 ans qui appréhendait le moindre brin de mer, semble aussi s’en sortir correctement. Le bateau se cabre pour passer une muraille, plonge en zigzaguant dans le tumulte, encaisse les coups, transperce les gorges d’eau qui nous avalent. Résiste.
Pour ma part, tout est foutu. Je m’accroche à l’arrière, je respire à fond. rien à faire, instant kriti-que : Une ile très longue apparait dans le sillage. Des icebergs fruités émergent des profondeurs. Un tiercé gagnant des iles part en trombe dans le champs de vagues. Cuba est libre de nouveau.

 

Voilà 15 heures que la tourmente nous tient. Depuis que mon ventre est vide je risque de m’envoler à tout moment. Il faut que tout ça s’arrête. Dans mon délire j’imagine que le bateau doit avoir une zone de sécurité, un endroit qui permettrai d’échapper au roulis incessant, à la machine à laver 1500 tours / min. Je titube en direction du mât, peut-être est-ce le point d’équilibre et d’harmonie que je recherche, l’unique endroit qui ne bouge pas, sec et à l’ombre ?

 

L’hollandaise, elle, se détend. finalement tout va bien.

 

Je rampe. J’attrape un bout pour me fabriquer une ceinture de sécurité et me hisse à l’horizontal en direction du mat. Les vagues continuent de laver le pont. Je les prends de plein fouet. Galère totale, le roulis continue de faire son effet dans mon estomac et dans mes tempes.

 

L’hollandaise tricote tranquillement sur le pont.

 

20 heures de tempête. J’arrive au mât, à bout de force. C’est pire. Je suis trempé, le bateau tangue toujours plus et le vent me transperce. Je tente de fixer l’horizon pour apaiser le mouvement. J’aperçoit un oiseau qui virevolte. Nouvelle salve. Carnaval brésilien dans le courant.

 

Je passerai les dernières heures ici, sans vie, refroidi par le vent, asséché par le soleil, trempé et salé par les vagues. L’hollandaise elle chantonnera joyeusement toute la journée. Elle passera une bonne nuit réparatrice. Ce matin, elle étend son linge tranquillement à côté de mon corps aussi défait qu’un chat sur l’autoroute.

 

On raconte que, ce jour là, le drapeau français en haut du mât s’est décroché de honte.

 

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4 commentaires sur “Instants Kriti-ques

Éric et Nathalie and co dit :

Super ton blog ! On aime bien regarder tes belles photos et suivre tes aventures. On joue les passagers clandestins mais on tremble un peu parfois… Une petite réclamation : il faudrait poster des articles plus souvent ! Heureusement on peut zieuter sur le blog de tes co-voyageurs espagnols. Profites-en bien car ici le temps est pourri : c’est l’hiver. Bises.

jeremie dit :

Merci beaucoup !

J’essaye de trouver l’équilibre entre les photos qui font rêver et celle qui font rager. J’espère ne pas trop abuser.
J’ai quitté le bateau aujourd’hui. A partir de maintenant je vais continuer à pieds donc je devrai pouvoir écrire plus souvent 🙂

J’ai vu qu’il y avait de la neige sur les hauteurs ! Bon courage pour ce mois de juillembre :/

Content d’avoir de vos nouvelles en tout cas !

Aurel dit :

Ahaharf ! J’adore le passage avec les icebergs fruités !

jeremie dit :

Haha, coucou mr aurèl !

« Et c’est une magnifique blague vomi » dirai karim debbache.

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