Kelibia - Le 14/06/2014

Départ pour Malte tôt ce matin, car 15h de navigation nous attendent.

Mais avant de quitter Pantelleria, nous faisons un petit détour par une des nombreuses criques à l’eau turquoise. On va pas se priver non plus.

 

Une des protections en haut du mat s’est cassée et il faut la réparer avant de prendre le large. Une bonne excuse pour admirer la vue depuis tout en haut  !

 

Départ pour Malte, nous filons à 9 ou 10 noeuds (20km/h, un truc de fou).

Le soir arrive, l’apéro avec, et il est temps d’organiser les quarts de nuit.

J’hérite de la garde entre 3h et 5h du matin, du coup, je file assez tôt au lit, en passant dire bonne nuit à la famille de dauphins qui squatte les vagues à la proue.

 

 

Silence radio

 

 

3h30 – La nuit est tranquille et la mer plate. J’écoute le bruit du bateau qui glisse :
Les vagues lavent la coque à intervalles réguliers, l’air frotte contre toute les aspérités avec un léger sifflement, les cordes se tendent en grinçant, la barre oscille sous les ordres du pilote automatique, dont tous les composants sont en alerte.
Les voiles restent impassibles.

 

4h10 – Une peau de banane se lance dans l’exploration des profondeurs. Rien ne peux plus freiner sa course verticale vers le noir des -1500m. Elle atteint sa cible après 76 minutes d’une descente incontrôlable : une plaque basaltique d’une centaine de mètres de diamètre, que probablement personne n’a jamais vu. Des heures de remue-méninges en perspective pour les plus fins limiers des bas-fonds, un futur petit déjeuner de luxe pour les prédateurs les plus féroces.

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5h – les premières lueurs du jour arrivent et la mer se change en mercure. une flotte de « méduses à voile » commence un grand périple. Elles forment des sortes de petites bulles à la surface de l’eau, avec un aileron directionnel qui dépasse et leur permet d’influencer leur marche. J’attends encore 20 minutes que se soleil se pointe et je file me coucher.

 

A peine 10min plus tard Dani ralenti le moteur et se met à courir sur le pont. Quelque chose se passe. Marcel nous presse de sortir du bateau.

 

La traine (grosse canne à pêche à l’arrière du bateau) a attrapé un thon de 15kg !

 

Dani se bat avec la bête, peine à rembobiner le fil, mais fini par le sortir sous nos yeux aussi ronds que ceux du thon. ‘El Maestro’ Marcel affute ses couteaux, et nous fait une démonstration de ses talents de chirurgien-pêcheur.

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Il sort les tripes, l’estomac, et fini par le coeur encore battant. Comme le veux la tradition, nous le mangeons aussitôt.
Contre toute attente il est chaud, et ce n’est pas si mauvais. Une sorte de goût de viande étrange et de sang un peu métallique. Le plus impressionnant c’est qu’il continue de battre entre la langue et le palais, même après l’avoir mordu à plusieurs reprises ! Rien à voir avec le Nesquik de d’habitude.

 

 

Voilà une journée qui commence bien, et pour ajouter une touche de surréalisme, un cachalot blanc se pointe à quelques centaines de mètres de nous.

 

Tout est bon dans le cochon thon :

‘El Maestro’ Marcel découpe chacune des parties du poisson avec une précision de japonais.
Le ventre et les côtés sont salés puis séchés. Les morceaux plus proches des arrêtes servent à faire un carpaccio (avec des câpres, des tomates et des oignons si vous voulez tout savoir) La tête et le reste de la carcasse servira pour la soupe, alors que les extrémités plus dures seront mixées pour faire une sorte de farine, aux allures de curry.

 

L’estomac de la bête nous offre en bonus une petite dizaine de calamars même pas encore digérés.

 

Paye ton p’tit déj’.

 

La prise de ris de la muerte :

 

Les choses se gâtent à l’approche des falaises vertigineuses de Gozo (l’ile de Malte la plus au nord) : le vent s’est levé, et il souffle maintenant jusqu’à 30 noeuds en rafales (60km/h). Ca remue pas mal, on fait pas les fiers.

 

Le plan initial était de poser l’ancre dans la baie de Djerwa, dont l’entrée est coincée entre le « Fungus rock » et les falaises de l’ile. Le passage est déjà short en temps normal, mais là…Il faut plier la voile et entrer au moteur sinon on risque de partir sur les rochers. Autant dire que c’est quasi impossible avec ce vent : Le bateau est penché à 40° et entame un duel de force avec les éléments.

 

Nous nous rapprochons des falaises en espérant abriter le bateau, mais c’est peine perdue : il n’y a nul part ou se cacher.

La seule solution c’est de profiter d’une accalmie entre deux rafales pour prendre un ris (ie : plier une partie de la voile), et espérer ne pas trop dériver à l’entrée de la baie.
Nous voyons les vagues s’écraser sur les falaises toutes proches. Les rafales progressent en ridant la surface de l’eau, puis chargent le bateau dans un hurlement strident. Marcel place la proue face au vent pour libérer la voile. Tant que nous sommes dans cette position le bateau est incontrôlable, et il faut faire vite maintenant pour éviter de s’écraser contre la roche.

 

Chaque coup de vent nous rend sourd, la voile claque, la bôme tremble et les cordages fouettent l’air. Le rail de la grand voile se plie sous l’assaut. La crevette crue se cabre face aux vagues…mais elle en a vu d’autres !

 

La surface de l’eau redevient lisse. C’est le moment ! Josu abat la grand voile tandis que le reste de l’équipage l’agrippe tant bien que mal à la bôme. nouvelle charge. ça passe de peu.

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Le bateau décrit une courbe et s’éloigne du danger.

 

Le soleil s’évanoui dans l’eau, épuisé par tant de suspense.
Qui a dit qu’on pouvait s’ennuyer sur un bateau ?

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