Korinthos - Le 21/07/2014

Où comment finir vigneron chez Yoanis le Grec après avoir été matelot sur un galion espagnol !

 

D’Athènes à Korinthos, en toute « sécurité » :

 

Il est 9h du matin, je suis en place à la sortie ouest d’Athènes pour commencer le stop. J’ai pris le métro jusqu’au dernier arrêt, et fini en bus pour me rapprocher de la voie rapide.
J’aimerai arriver au canal de Korinthos avant la fin de la journée, mais comme c’est la première fois que je fais du stop en Grèce, je ne sais pas trop à quoi m’attendre :
– Est-ce que je vais trouver quelqu’un tout de suite ?
– Est-ce que je vais attendre 4h en plein soleil ?
(C’est bizarre, mais c’est ça qui rend le stop est intéressant : tout peut arriver)

 

Je trépigne à chaque voiture qui ralenti à ma hauteur. Certains me font des signes d’encouragement, d’autres s’excusent, d’autres détournent le regard. On échange parfois des éclats de rire, l’espace d’une seconde, puis ils disparaissent à tout jamais. Au moins je suis remarqué et on partage un peu ma quête.

 

A bout d’une heure enfin, une personne s’arête. Il va justement à Korinthos, à 70km à l’ouest, et accepte de me déposer au bord du canal pour une photo. Pas trop mal pour un premier essai.

 

On discute un peu, car par chance il parle assez bien anglais. Il m’explique que c’est plutôt difficile de faire du stop en Grèce. A cause de la crise les gens ont plutôt tendance à se refermer et à cela s’ajoute la peur des auto-stoppeurs. Je lui demande pourquoi, lui, à choisi de me prendre en stop ? (j’adore cette question). Comme il était assez en forme, j’ajoute qu’il ne doit pas avoir peur vu qu’il est fort.

 

Il me répond : « Oh no, I’m not strong, I’m old now. But I’m not afraid, I got a gun »
Et il sort fièrement l’arme de sa portière gauche, tandis que je disparait dans mon siège, stupéfait à la vue de l’objet.

 

Ok, changeons de sujet !

 

Au bout d’un moment, il me révèle que si il à un flingue, c’est parce qu’il habite à côté d’une prison et qu’il déjà eu des soucis avec un détenu en fuite, qui aurai menacé sa fille et piqué sa voiture. Voilà qui me rassure à moitié.

 

Il me dépose à Corinthe sans autres péripéties.

canal de corinthe

Le canal de Corinthe, qui relie la mer égée à la mer ionienne

 

 

 

Yoanis : Génération vignerons.

 

La pont qui passe au dessus du canal de Corinthe oblige les voitures à ralentir, ce qui est parfait pour moi, mais Il y a pas mal de bus et de familles, qui ne sont pas très enclins à laisser monter un clandestin.

 

J’attends quelques heures sans résultats.

 

Il y a aussi beaucoup de scooters sur cet axe. Je leur tends quand même mon pouce, pour déconner et ne pas mourir d’ennui, en sachant qu’ils ne s’arrêteront pas. Mais cette fois-ci en voilà un qui joue le jeu !

 

Il s’arête à coté de moi, dans un nuage de poussière. Il me dit qu’il possède des vignes un peu plus loin, et propose de m’héberger ce soir. Ce à quoi je réponds oui immédiatement. Je n’aurai pas pu imaginer de meilleur premier jour de stop.

 

J’embarque tant bien que mal à l’arrière du bolide avec mon gros sac, et on commence à rouler. On zigzague un peu, probablement à cause de mon poids à l’arrière. Au bout de quelques minutes il me hurle :

 

– « 2 hours ! only drinking ! »

 

Ok, je comprends mieux pourquoi on tangue.

 

«  Don’t be afraid, 20 years ago, motocross ! »

 

Ah d’accord, tout va bien alors. Mais il ajoute :

 

«  Do you want one wheel ? »

 

Euuhhhh non !
Mais trop tard, on est déjà en équilibre sur la roue arrière. Je m’accroche comme je peux avec une main, l’autre tentant de retenir les lanières de mon sac flirtants cyniquement avec les rayons. Heureusement, il repose rapidement l’engin dans un éclat de rire.

 

La nuit tombe et on arrive finalement chez lui. Et au lieu d’un « chez lui », je découvre qu’il habite en plein milieu de sa vigne, dans une sorte de camp de rescapés yougoslaves, fait de bric et de broc : Une caravane, un bungalow, une voiture en piteuse état, un tracteur et quelques vieux trucs rouillés…

Yoanis le grec écolo

Yoanis le grec écolo

Dans la lumière faiblarde se découpe trois silhouettes aux gueules hilares, accoudées à une table, et s’arrosant de vinasse locale sous les crépitements d’un poste radio, annonçant un attentat à Athènes.

 

Joli tableau !

 

Yoanis arete le scooter, et me fait installer avec les autres. Ce sera le dernier mouvement que j’aurai le droit de faire de la soirée :
Il tient absolument à m’accueillir comme un roi, et je n’ai en aucun cas le droit d’aider !

 

Un vieillard (qui s’avèrera être son père) me dévisage de son oeil unique.

« Don’t be afraid, he is a bit crazy » me prévient Yoanis.

 

A ses côtés il y a Yoanis (oui un autre), arrivé d’Albanie il y a 8 ans, et un grec, à l’allure plutôt normale pour la situation.
Ils parlent plus où moins bien anglais (en fait soit plutôt bien, soit pas du tout).
Le grec me harcèle de questions, sur mon voyage, d’ou je viens, pourquoi je fais ça. etc…et traduit aux autres régulièrement.
Je les voit réagir en différé : Hochement de tête, yeux qui s’ouvrent, ils ont l’air d’apprécier.

 

Quelques rasades de son mauvais très bon vin plus tard, Yoanis débarque avec une assiette typiquement grecque, composée de tomates ,  olives noires, aubergines, fêta, piments, poivrons et oignons, arrosés d’huile et de vinaigre juste comme il faut.

– « Everything from the garden » lance t’il fièrement, en m’intimant l’ordre de manger.
Malheur à moi si mon verre est vide, il faut suivre le rythme.

 

La radio se met à crépiter du vieux rock. L’ambiance se pose.

 

Yoanis m’explique comment fonctionne le camp : Ils ont des panneaux solaires pour assurer l’alimentation, des lampes, radio, et plaques chauffantes, un jardin avec tout ce qu’il faut et des places pour dormir un peu partout. Il a accueilli les autres au fil des années, et les héberge en échange d’un coup de main dans les vignes. Avec la vente du vin, ils arrivent à survivre tranquillement à la crise. Ils bossent ensemble la journée, et se fendent la gueule avec les gens du coin le soir.

 

La radio reprend avec les doors, et d’autres plantes du jardin font leur apparition.

 

Le grec me raconte sa vie d’avant : Avec Yoanis, ils ont bourlingué dans toute l’Europe, pour suivre les festivals de rock.  La soirée continue d’anecdotes en anecdotes. Il fut DJ à Londres (dans les années 70 !). Puis ils ont passés un moment en Russie : St Petersbourg, Moscou puis au lac baikal, tantôt barman, tantôt gérant de bar. Il a rencontré sa femme là bas d’un coup de foudre.

 

Pour moi aussi c’est un coup de foudre : je réalise que je suis tombé à l’endroit parfait – un camp écolo autosuffisant infesté de rockeurs-hippies-vignerons autant près à t’écouter qu’à partager leur vie incroyable.

 

Je préfère largement les camps désaffectés remplis de vieux bonhommes, de rockeurs et de vieilles chambres à air, aux chambres d’hôtel désinfectées, remplies de majordomes à boutons dorés et de rocking-chair.

 

Je repart avec deux bouteilles de vin, et la promesse de revenir un jour raconter le voyage !

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1 commentaire sur “Yoanis le grec et son éco-vigne

Thomas dit :

Les aventures sur la terre ferme commençent bien !

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